Les yeux ouverts est une suite de monotypes qui se présente comme une
évocation du voyage telle qu’elle pourrait se donner en consultant une encyclopédie botanique, ou dans le souvenir de marches folles par prairies et forêts, à travers champs et terrains vagues, par-delà haies et futaies. Comment l’écoute des noms de diverses contrées, qui résonnent dans l’acte de nommer les fleurs pour les infinies différences qu’elles portent entre elles éveille en moi ce désir de l’en avant. Voyage immobile, puisqu’il se fait à une table de dessin, mais relié au monde par des croquis faits sur le vif ou à partir de photographies, par la mémoire aussi, toujours dans l’instant présent qui est un instant de l’écoute et du geste, de la trace fugitive.
L’écriture manuscrite, par son absolue singularité, parle aussi de voyage, de
partance, comme les noms des contrées évoquées dans la diversité des noms de fleurs, comme la diversité des rythmes que je traverse en lisant ou en écoutant des textes poétiques, en toutes langues. Ecritures de poètes en partance. «On ne voyage pas seulement à travers la planète mais à travers la bibliothèque, entendue comme la voie et la voix des autres, qui précèdent et qui accompagnent.»1, écrit Alain Borer. La poésie comme seul viatique pour traverser le quotidien : j’en saisis quelques fragments à chaque réveil et les transcris dans la couleur comme des talismans.
Merci aux poètes connus ou inconnus qui m’ont offert quelques traces de leur
main et ceux auxquels j’ai fait des emprunts sans pouvoir les remercier de vive voix.
Marie-Dominique Kessler
1. Alain Borer, Le ciel & la carte, Carnet de voyage dans les mers du Sud à bord de La Boudeuse, Seuil 2010












