L’artiste allemande Ulrike Gruber traduit ses expériences personnelles dans des performances, sculptures, installations et photographies.
Depuis des années elle réalise des performances – « espaces intermédiaires » – dans des musées ou espaces publics, où elle pousse son corps à une tension extrême. Suspendue horizontalement dans des lieux à sa mesure, maintenue uniquement par ses deux extrémités, mains et pieds, elle met son corps à l’épreuve, au bord de la chute. On se rappelle encore de son installation sur la façade est de la tour du Palais des Congrès de Bienne, lors de l’exposition Transfert1. Elle avait transformé le mur en une gigantesque paroi de grimpe pour une cordée vertigineuse.
Ulrike Gruber travaille rarement dans son atelier. Elle puise son inspiration à l’extérieur, en contact direct avec la nature, et plus particulièrement à la montagne, qu’elle pratique sous diverses formes. C’est lors d’une ascension du Glacier des Bossons dans le massif du Mont-Blanc que des morceaux métalliques tombent entre ses mains. Ces étranges découvertes s’avèrent être des restes de crashs d’avions qui eurent lieu dans les années 50 et 60.
Le 3 Novembre 1950 : Le Malabar Princess, un avion de la compagnie Air India, alors qu’il amorçait sa descente sur Genève, s’écrase contre le sommet du Mont-‐Blanc ne laissant aucun survivant.
Des rumeurs se répandirent que l’avion transportait un trésor.
Le 24 janvier 1966 : La compagnie Air India perd un second avion avec 117 personnes à bord au même endroit, (Homi Bahabha, le père du programme nucléaire indien était parmi les passagers). Le même jour un avion de chasse de l’Otan s’était abîmé lors d’un exercice autour du Mont–Blanc.L’affaire fut classée « secret défense ».
C’est au voyage de l’énorme glacier des Bossons que se sont mêlés ces débris d’avion, s’infiltrant dans les crevasses et libérés 50 années plus tard, au rythme de la langue et son empreinte.
Ce sont ces épaves récupérées dans le glacier que Ulrike Gruber présente à Andata.Ritorno sous la forme d’une installation inédite intitulée die gescheiterte Hoffnung – le naufrage de l’espoir –.
Le titre est emprunté au peintre allemand Caspar David Friedrich. Son tableau disparu serait à l’origine de la « tragédie du paysage ».
Avec cette œuvre troublante, l’artiste nous rappelle que le sublime comporte aussi dans son essence une part de catastrophe et de terreur. Elles nous renvoient à la fragilité de notre existence.
(1) Transfert : Art dans l’espace urbain, 10ème Exposition suisse de sculpture, Bienne, 2000







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En parallèle:
Yuki Shiraishi, Discrète, installation n°6, 2015
En parallèle aux expositions, Yuki Shiraishi poursuit sa série d’installations dans notre nouvel espace, l’espace Etant donné, visible par un oculaire placé dans le couloir de l’entrée de la galerie.